Le tatouage japonais

1. Les ancêtres du tatouage japonais

Les Aïnous, en voie d’extinction aujourd’hui, étaient les premiers habitants du Japon. Ils étaient principalement pêcheurs, artisans ou chasseurs. Ce peuple utilisait le tatouage comme bouclier face aux mauvais esprits mais aussi comme finalité esthétique et social. Pour les femmes, le fait de se faire tatouer le bord de la bouche jusqu’aux joues signifiait qu’elles étaient mariées. En revanche pour les hommes, les tatouages étaient représentatifs de leur clan ou encore de leur corps de métier.

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2. Le scepticisme des japonais face aux tatouages

Les chinois furent les premiers à découvrir le peuple Aïnous, et les récits sur eux sont majoritairement péjoratifs. Le tatouage y est vu comme un acte de barbarie et de torture. Cette pensée négative s’est donc progressivement répandue au Japon, surtout avec l’essor du bouddhisme dans ce pays. Rapidement le tatouage est alors devenu un moyen de sanction envers les criminels japonais. Les autorités tatouaient les prisonniers sur le bras ou sur le front pour les identifier et les punir de leurs actes. Le tatouage a alors remplacé l’amputation du nez ou de l’oreille en vigueur à l’époque. Et avec l’augmentation de la masse populaire dans les grandes villes et l’essor de la criminalité, les tatouages punitifs étaient de plus en plus nombreux. (Ce genre de sanction a continué jusqu’en 1870, jusqu’à être aboli par le gouvernement.)

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Mais à cette même époque un autre courant artistique employait le tatouage à une fin plus noble, décorative et ayant pour symbole l’union. Il n’était pas rare de voir deux amants se faire tatouer sur les mains des moitiés de motifs qui ne se complétaient que lorsque les deux amoureux se tenaient la main.

Pendant cette période le tatouage a connu un développement très important. Mais avec l’ouverture du Japon sur l’Occident, le tatouage fut restreint à son unique utilisation punitive afin de donner une impression plus lisse aux autres pays. Mais de nombreux occidentaux, fascinés par cette pratique ont voulu s’initier à cet art ancestral. Et c’est seulement en 1945, que le gouvernement légalise enfin cette pratique qui ne se faisait qu’en secret depuis de nombreux décennies. Même si l’idée générale reste très négative envers le tatouage.

3. La communauté des Yakuzas

Les Bakutos sont les précurseurs de la communauté des Yakuzas. Ils avaient pour habitude de se tatouer un cercle noir autour de leurs bras à chaque crimes commis. Cette communauté était vue comme hors-la-loi. Au fil du temps, les Bakutos se sont regroupés par clan, et ont diversifiés leurs activités. Mais aujourd’hui le terme de Bakuto n’est plus utilisé, car les derniers restants se sont liés à des clans plus importants. Mais à ce jour, ce sont les Yakuzas qui succèdent aux Bakutos et qui représentent leurs valeurs. Ils sont fiers d’exhiber leurs tatouages, leurs crimes et leur courage. Par ce signe ils jurent fidélité à leur clan ou à leur famille. En effet, une grande majorité (plus de 73%) des mafieux est tatouée, ce que fait que chaque grande famille ou clan possède son propre tatouage distinctif. Ce rituel est perçu comme un test d’endurance et de courage.

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Il est donc compréhensible que ce passé et ce présent criminel du tatouage, le font apparaître comme faisant partie de la culture mafieuse japonaise et entretiennent cette vision négative dans la société japonaise. C’est pour cela que parfois, certains Yakuzas se font retirer leurs tatouages pour plus de discrétion, car au Japon de nombreux lieux sont interdits aux personnes tatouées. Les Yakuzas privilégient aujourd’hui des tatouages plus petits et discrets. Et cela s’étend à toute la population japonaise qui se dirige vers le tatouage plus occidentalisé. Il est moins couteux et moins douloureux. L’irezumi est mis de côté par la population japonaise qui préfère la discrétion des petits tatouages.

4. Le tatouage de nos jours

Mais le tatouage traditionnel continue quand même de perdurer, à travers des professionnels de haut niveau très discrets et dont le secret est bien gardé. Il faut savoir que même si les outils se sont modernisés, la technique du tatouage japonais reste inchangée depuis plusieurs siècles. Et cet art n’est pratiqué que par des maîtres dans ce domaine, et il est très difficile pour le grand publique d’y accéder.

En effet, les tatoueurs traditionnels japonais sont formés par des maîtres de cet art, et leur cercle reste très fermé. Leur apprentissage est très long, et il va du nettoyage du matériel, à la fabrication des instruments et même à un travail sur leur propre chair. Le futur tatoueur se doit d’avoir une expérience et une maitrise totales des techniques de tatouages traditionnels. Et ce n’est qu’après toutes ces années que l’apprenti pourra enfin tatouer les clients de son maître. C’est d’ailleurs, son maître qui choisira son futur nom de tatoueur. Celui ci comprendra le mot « hori » qui signifie gravure en japonais ainsi qu’une syllabe ou un mot décrivant son maître.

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5. L’Irezumi, tatouage traditionnel japonais

La technique traditionnelle de l’Irezumi est plus douloureuse que la technique occidentale. En effet, on insère l’encre sous la peau à l’aide de multiples aiguilles qui seront fixées sur un bâton en bambou ou en acier inoxydable. Un tel tatouage est donc long et fastidieux et nécessitera plusieurs mois ou années de travail. L’Irezumi est une technique de tatouage unique en son genre car il recouvre l’intégralité du corps mais se veut discret. Les mains, le cou, les pieds, et une bande centrale au milieu du torse resteront intactes. De ce fait, quand l’on est habillé rien de se voit. Le tatouage intégral japonais, vient du costume du samouraï appelé Jimbaori, un manteau sans manche. C’était une veste très facile à mettre par dessus une armure. Sur le dos de cette veste était peint le motif préféré du samouraï. Les premiers tatouages se firent donc sur le dos, puis s’étendirent aux épaules, aux bras, aux cuisses pour finir par recouvrir le corps entier.

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Mais le tatouage reste très codifié au Japon, et sa règlementation suit des règles très strictes :

• Le Kakushibori : il consiste à tatouer près des aisselles, l’intérieur des cuisses et autres parties « cachées » du corps.

• Le Sujibori : il désigne le contour du tatouage.

• Le Hikae : c’est un tatouage englobant la poitrine.

• Le Nagasode : c’est un tatouage du bras jusqu’au poignet.

• Le Shichibu : c’est un tatouage couvrant 7/10e du bras jusqu’à l’avant-bras.

6. Les symboles japonais

L’art ancestrale du tatouage a aussi de nombreuses symboliques et significations bien codifiées au Japon :

• La pivoine: Elle symbolise la richesse et la bonne fortune.

• Le chrysanthème: Il représente la fermeté et détermination.

• La fleur de cerisier: Elle représente le caractère éphémère de la vie.

• Le lotus : Il est l’image de la beauté et de la pureté du corps et de l’esprit.

• Le lion : Il symbolise la protection, la santé et la paix intérieure.

• Le tigre : Un des héros de Suikoden avait un tigre tatoué sur son dos, il représente la

force, le courage et la longévité.

• La carpe (en général, une en train de nager en amont, et une en aval) : Elle symbolise le courage.

• Le serpent : Il symbolise la guérison et la richesse.

• Dragons : Il symbolise la sagesse et la bienveillance.

• Qilin : Il représente la justice.

• Baku : C’est un personnage imaginaire qui protège contre les pensées nocives et les esprits malins.

• Hōō : C’est le phoenix, il représente l’immortalité et le renouveau.

• Personnages du folklore et de la littérature traditionnels tel que Suikoden13

• Images inspirées par les estampes de l’Ukiyo-e : geisha, samouraï.

• Bouddhas et déités bouddhistes telles que Fudō Myōō et Kannon

• Shinto kami (déité) telle que Tengu

• Arrière-plans : nuages, vagues, symbolique du vent.

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Sources :

http://francejapon.fr/japon-et-lart-du-tatouage-japonais-irezumi

http://www.culture-tatouage.com/tatouage-japonais/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Irezumi

 

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16 réflexions sur “Le tatouage japonais

  1. J’avais lu que certains lieux publics au Japon étaient interdits aux tatoués, mais je ne savais pas pourquoi. Cet article m’a permis d’être plus éclairci sur ce sujet! Il y a un lien très intéressant entre le passé et le présent de la culture japonaise.

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